Histoires à boire

Louis Barruol, aux avant-postes du goût

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J’ai eu la chance d’être invitée par Louis Barruol du Château de Saint Cosme à Gigondas au Sot l’y Laisse, restaurant du 11ème arrondissement où officie un couple de Japonais, Eiji et Akiko Doihara. Quoi de plus logique – et de plus courageux – pour un ancien cuisinier de chez Bocuse à Tokyo que de venir pratiquer l’art de Brillat-Savarin dans sa patrie d’origine, la France ? Car ici pas de cuisine fusion ou d’épure japonaise : le décor, les produits et les techniques sont bien français. Et le chef a retenu la leçon de M. Paul : il maîtrise les fondamentaux, la sainte trinité que sont des produits de qualité, des assaisonnements justes et des cuissons maîtrisées. Tout juste pourrait-on attribuer à l’extrême attention portée à la satisfaction du client un accent nippon.  Au programme des réjouissances : un menu qui accorde mets et vieux millésimes du Poste, une parcelle du domaine. Ce lieu-dit possède une histoire singulière : les preuves de son existence remontent… Lire la suite »Louis Barruol, aux avant-postes du goût

Vin d’histoire, vin de mémoire

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J’ai récemment eu la chance de déguster, sans quitter mes pénates parisiens, un flacon produit au cœur d’un territoire qui a vu naître la civilisation du vin.  Le vin serait apparu dans les régions montagneuses du Proche-Orient, au Néolithique, au moins autour de 6000 av. J.-C, à l’époque de l’invention de l’agriculture[1]. Quand et où précisément, les archéologues n’ont pas de certitudes. Si le vin n’a pas de lieu et de date de naissance officiels, c’est sans doute qu’Homo sapiens est parvenu à domestiquer la vigne sauvage – ce qui n’a pas dû être chose facile[2] – dans plusieurs endroits à peu près en même temps, comme l’attestent plusieurs découvertes. Tous ces lieux se trouvent relativement proches de celui qui est mentionné dans le Bible : le mont Ararat, dont les neiges éternelles surplombent le haut-plateau arménien, au nord-est de l’actuelle Turquie. Le Livre de la Genèse raconte que c’est au pied du volcan que Noé, à la fin du Déluge, plante une vigne,… Lire la suite »Vin d’histoire, vin de mémoire

Le Midi rouge

Aujourd’hui j’aimerais vous parler de deux hommes qui symbolisent à eux seuls la révolution qualitative des vins du Languedoc et la transformation spectaculaire de l’économie viticole de la région en un siècle.  Le premier, Marcelin Albert, est né en 1851 dans le village d’Argeliers, entre Béziers et Narbonne, au cœur de l’appellation Minervois. Viticulteur, il est resté dans l’histoire comme l’initiateur de la révolte des vignerons du Midi de 1907, porte-parole d’un mouvement social qui faillit faire tomber la IIIème République. Le second, Olivier Jullien, vigneron reconnu des Terrasses du Larzac, un peu plus à l’est, est notre contemporain. Clin d’œil de l’histoire : les deux hommes ont un lien de parenté.  Olivier Jullien a 20 ans lorsqu’il achète, en 1985, son premier hectare de vignes pour élaborer son vin plutôt que d’apporter les raisins à la coopérative comme c’est alors la norme. Figure d’exception, il sert de modèle aux nombreux jeunes et/ou néo-vignerons qui créent leur domaine. Comme dans le reste… Lire la suite »Le Midi rouge

Le Grand B

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Dimanche dernier, peu avant le déjeuner familial, mon père me tend un verre de blanc. Mes sens en alerte (nos perceptions sont plus fines avant le repas qu’une fois repu), je le déguste à l’aveugle. Le nez a un petit air familier qui me rappelle immédiatement le Savagnin, le cépage du Jura à l’origine du fameux vin jaune : de la pomme verte, de la noix, du curry (pas étonnant que ces deux arômes soient souvent confondus : ils possèdent une molécule odorante en commun, le sotolon). En bouche, une sensation de gras, apportée sans doute par l’alcool et contrebalancée par une acidité tranchante, me rappelle également la variété jurassienne. Une longue finale florale, avec une pointe de salinité, donne envie d’y revenir. Puissance, tension, complexité aromatique, ce vin me plaît mais je ne sais pas l’identifier. L’étiquette m’indique qu’il s’agit d’un 2016 du domaine La Colombière, cuvée Le Grand B. B pour Bouysselet blanc, inconnu au bataillon des cépages. J’ai tout… Lire la suite »Le Grand B